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« Je n'aime pas être en photo » : pourquoi, et ce qu'on peut y faire

8 min de lecture · 14 septembre 2026

Cette gêne est physiologique, et elle n'a pratiquement rien à voir avec votre apparence. Le miroir vous montre depuis toujours un visage inversé ; une photo montre celui que les autres voient, et l'écart se repère immédiatement. Ajoutez vos selfies, pris à quarante centimètres avec un objectif grand-angle qui agrandit le nez et écrase les côtés : vous ne vous jugez pas sur votre vrai visage.

C'est la phrase que j'entends le plus souvent, avant même qu'on parle de dates ou de tarifs. Presque toujours sur un ton d'excuse, comme s'il fallait se justifier. Voici les explications, et ce qu'on peut y faire.

Vous ne vous reconnaissez pas, et c'est physiologique

Voici l'explication la plus solide, et la moins connue.

Vous vous voyez chaque jour dans un miroir. Or un miroir inverse votre visage. Ce que vous connaissez de vous, ce que vous trouvez normal, c'est donc une image retournée — qui n'existe pour personne d'autre que vous.

Une photo, elle, montre votre visage tel que les autres le voient. Et comme aucun visage n'est parfaitement symétrique, l'écart se remarque immédiatement. Vous ne vous trouvez pas laid : vous vous trouvez étrange, et vous appelez ça « mal ».

Ce n'est pas une intuition. Une étude de 1977 a montré que les gens préfèrent systématiquement la version miroir de leur propre portrait, tandis que leurs proches préfèrent la version normale. Chacun préfère le visage qu'il a l'habitude de voir. C'est ce que les psychologues appellent l'effet de simple exposition : on aime ce qui nous est familier.

Autrement dit, vos proches vous trouvent ressemblant sur les photos où vous vous trouvez raté. Ce sont eux qui ont raison, puisque c'est ce visage-là qu'ils aiment.

Vos selfies ne vous rendent pas service

Deuxième malentendu, purement technique celui-là.

Un téléphone tenu à bout de bras se trouve à quarante centimètres de votre visage, avec un objectif très grand-angle. À cette distance, tout ce qui est au centre — le nez, le front — est agrandi, et tout ce qui est sur les côtés est écrasé. Le résultat n'est pas votre visage : c'est une déformation optique.

Un portrait fait avec un objectif adapté, à deux mètres de distance, restitue les proportions réelles. C'est pour cette raison que tant de personnes me disent, en découvrant leur galerie : « je ne me savais pas comme ça ».

Ajoutez à cela l'éclairage. Un plafonnier de salon creuse les cernes et durcit les traits. Une lumière construite fait exactement l'inverse.

Si votre jugement sur vous-même repose sur vos selfies et sur les photos prises par d'autres au hasard, vous jugez sur des pièces à charge.

Ce que je fais de mon côté

La séance se déroule à votre rythme. Il n'y a ni programme à tenir ni cadence à suivre. On s'arrête quand vous voulez, on reprend quand vous êtes prêt.

Vous pouvez voir les photos pendant la séance. C'est ce qui rassure le plus, et je le propose systématiquement aux personnes qui appréhendent. On fait une pause, je vous montre un aperçu sur l'écran de l'appareil, et l'inquiétude retombe presque toujours d'un coup — parce que le résultat n'a rien à voir avec ce que vous redoutiez.

Certains préfèrent au contraire ne rien voir avant la galerie, pour ne pas se juger en cours de route. Les deux fonctionnent, c'est vous qui choisissez.

J'adapte les poses. Si quelque chose vous complexe — un profil, un ventre, des bras, une cicatrice — dites-le-moi, et je construis les poses en conséquence. Un cadrage, un angle, une position des mains suffisent le plus souvent à régler ce qui vous obsède depuis des années. C'est mon métier, et cela ne me choque absolument pas : la moitié des personnes que je photographie me disent quelque chose de ce genre.

Je ne dis jamais « souriez ». Un sourire commandé se voit sur toutes les photos. Je préfère faire parler, faire bouger, faire rire — et déclencher pendant.

Les premières minutes ne comptent pas. Elles servent à s'habituer, et je le dis d'emblée. Personne n'est naturel dès la première image, et ce n'est pas grave : ces photos-là ne seront pas livrées.

Je guide. Presque personne ne sait quoi faire de ses mains devant un objectif. Ce n'est pas à vous de le deviner. Je vous dis où vous placer, où regarder, quoi faire — vous n'avez rien à inventer.

Je ne livre que ce qui mérite de l'être. Les yeux fermés, les expressions ingrates, les moments de flottement sont écartés au tri. Vous ne verrez jamais ces images.

Ce que vous pouvez faire

Venez accompagné. On est presque toujours plus détendu à côté de quelqu'un qu'on aime qu'en portrait seul. C'est aussi pourquoi les séances famille sont souvent plus faciles que les portraits individuels.

Choisissez un moment où vous êtes bien. Pas la veille d'une échéance, pas après une nuit blanche. Ça paraît évident, ça change tout.

Demandez à voir, ou demandez à ne pas voir. Les deux se défendent. Si un aperçu vous rassure, on fait une pause et je vous montre. Si vous savez que vous allez vous juger durement sur un petit écran, dites-le et on n'ouvre rien avant la galerie.

Dites-moi ce qui vous gêne, avant la séance. Un profil que vous n'aimez pas, une cicatrice, quelque chose dont vous ne voulez pas. Je le saurai en amont et j'en tiendrai compte dès les premières poses. C'est infiniment plus simple que de le découvrir dans la galerie.

Portez des vêtements dans lesquels vous vous sentez vous-même. Une tenue neuve et raide se voit sur chaque image.

La vraie raison d'y aller quand même

Regardez vos albums de famille. Dans la plupart des maisons, il manque quelqu'un — presque toujours la même personne. Celle qui tenait l'appareil, ou qui refusait d'être photographiée.

Vos enfants ne cherchent pas une version parfaite de vous. Ils cherchent vous, à côté d'eux, à cet âge-là. Dans vingt ans, ils ne verront pas le détail qui vous obsède aujourd'hui. Ils verront leur mère, leur père, tels qu'ils étaient.

C'est le seul argument qui compte vraiment, et c'est celui que je donne à toutes les personnes qui me disent ne pas aimer être en photo. Il n'est pas question de vous. Il est question de ce qui restera.

Sources

  • Mita, Dermer & Knight, « Reversed facial images and the mere-exposure hypothesis », Journal of Personality and Social Psychology, 1977
  • Effet de simple exposition (Zajonc), sur la préférence pour les stimuli familiers

Cette gêne est plus commune que vous ne le pensez. Écrivez-moi, on en parle avant de fixer quoi que ce soit.

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